Les « Annales de la société des amis de Louis Aragon » publient les textes journalistiques du grand écrivain communiste au cours des deux années charnières 1936 et 1937.
Culture et savoir Publié le 31 mai 2025 Nicolas Devers-Dreyfus

Ces écrits éclairent au quotidien les espoirs et les tourments de deux années charnières de Louis Aragon.
© LAPI / Roger-Viollet
Louis Aragon, « Victor Hugo de son siècle », comme on a pu l’écrire, a produit une œuvre journalistique monumentale, difficilement accessible au public. François Eychart s’attache au fur et à mesure des livraisons des Annales de la société des Amis d’Aragon qu’il anime, à en publier les textes. Avec érudition et rigueur, il les resitue dans leur contexte historique tout en explicitant leur influence dans les débats intellectuels de l’époque.
Il faut découvrir les articles de la période 1936-1937, miroir politique et littéraire des plus passionnants, des plus denses. Ces écrits éclairent au quotidien les espoirs et les tourments de deux années charnières. Ce sont des articles d’une lecture claire, destinés aux lecteurs de l’Humanité, de Ce soir et de Regards, toujours dans une langue d’un classicisme remarquable. Ce sont aussi ses propos approfondis dans la revue Commune – dont il assure de fait la direction –, dans Monde et d’autres publications.
L’écrivain appelle à la coalition des hommes de progrès
Le dandy, médecin courageux et révolté de la Grande guerre, le poète dada et surréaliste, s’est mué en un acteur majeur de la scène politique et littéraire européenne. Aragon romancier reçoit le prix Renaudot pour Les Beaux quartiers et met en chantier Les Voyageurs de l’impériale.
En symbiose avec la direction du Parti communiste français, face au danger, il anime avec d’autres le rassemblement antifasciste le plus large, qui se développe non sans de rudes affrontements en interne. Le lien fort du couple Aragon-Triolet – elle est très proche de sa sœur Lili Brik – avec l’URSS se manifeste par de fréquents séjours à Moscou. Présent en juin 1936 au moment de la mort de Gorki, Aragon en rend compte. Rentrant d’Union soviétique en septembre 1936, Louis Aragon et Elsa Triolet apprennent la rébellion franquiste.
Ils se rendent sur place dès octobre et participent à la solidarité avec le peuple espagnol. L’écrivain appelle à la coalition des hommes de progrès en réponse à Hitler et Mussolini. Dans le même temps s’ouvre le premier des grands procès de Moscou. Rumeurs de répression à Moscou ou union des forces antifascistes en Europe, Aragon fait son choix. La mort de Paul Vaillant-Couturier nous vaut de pénétrantes réflexions, comme les perspectives tracées au congrès d’Arles du PCF.
Parmi tant d’articles à citer, celui du 26 août 1937 dans Ce soir. Aragon y défend Renoir qui dans la Marseillaise campe un Louis XVI sympathique. À ceux qui s’en étonnent, il répond : « Louis XVI est ici le détail ».