Les éditions Manifeste ! publient pour la première fois en français l’ouvrage posthume du philosophe marxiste italien

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3min Publié le 10 décembre 2025 La rédaction
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La cause semble entendue. D’aucuns résument l’histoire du mouvement communiste au XXe siècle et l’entreprise d’édification du socialisme en deux mots : totalitarisme et trahison. Le bilan leur semble irrévocable et c’est cependant la tâche de le contredire que s’assigne le philosophe marxiste italien Domenico Losurdo 1.

Dans ce livre découvert après sa disparition, le 28 juin 2018, il propose de manière synthétique l’ensemble des thèmes de son œuvre. Il ne s’agit certes pas, pour reprendre une expression de Lénine, de « tordre le bâton dans l’autre sens » et de se livrer à une hagiographie béate du mouvement communiste mais, au-delà d’« un amas de sang et de boue » auquel l’idéologie dominante le réduit, de saisir le caractère contradictoire de ces expériences et de défendre la dimension concrètement émancipatrice et les conquêtes historiques effectives qu’il a provoquées.

Le totalitarisme, un « rite d’auto-absolution » des démocraties libérales

Commençons par le totalitarisme, et par ce que Losurdo nomme « un rite d’auto-absolution » des démocraties libérales occidentales. Il s’agit d’abord d’un grand récit ou d’une fable qui réécrit l’histoire. Il était une fois une société libérale et démocratique, située en Occident, organisée autour d’un État de droit, résultat de la lutte contre le despotisme. Le royaume de la liberté réalisée.

Vint alors le monstre totalitaire, communiste et soviétique, né d’une utopie égalitaire surgie du cerveau de deux philosophes éloignés du réel, Marx et Engels. L’horreur totalitaire résulte de la tentative politiquement folle de réaliser cette utopie. Ainsi que l’écrit Karl Popper, que cite Losurdo, « tous ceux qui ont voulu créer le paradis sur terre n’ont fait que créer un enfer ».

Une simple remarque permet de soupçonner l’objectivité de cette présentation : l’effondrement du socialisme réel, avec tous ses défauts, s’accompagne de ce que le penseur italien, ailleurs dans son œuvre, appelle « désémancipation », à savoir l’offensive néolibérale sur l’État social et le néocolonialisme de l’Occident. Ce que dissimule l’auto-apologie de la démocratie libérale, c’est tout simplement la lutte des classes.

Les angles morts du libéralisme

La liberté du libéralisme comprend des clauses d’exclusion : à l’intérieur de ces États, les classes subalternes, soumises à l’arbitraire patronal, et à l’extérieur les peuples colonisés. Ce sont ces problèmes objectifs qui donnent naissance au mouvement communiste… et qui le rendent toujours actuel.

Enfin, reconnaître, au milieu de ses échecs et de ses errements, l’apport du mouvement communiste à la cause de l’émancipation permet de répondre à l’accusation de « trahison » formulée par l’extrême gauche affolée à l’idée de se voir associée au stalinisme.

C’est l’infidélité du mouvement communiste au dogme de l’extinction de l’État qui constituerait, à ses yeux, le reproche principal. Losurdo attribue cette critique à une « petite bourgeoisie intellectuelle coupée de l’exercice du pouvoir » et incapable de se réapproprier les enseignements des luttes anticoloniales. Pour lui, il n’existe pas d’indépendance nationale sans État.

La Question communiste, de Domenico Losurdo, Manifeste !, préface de Florian Gulli, 180 pages, 15 euros

  1. Présentation de l’ouvrage de Domenico Losurdo le 12 décembre à 19 heures à l’ENS, rue d’Ulm, à Paris, par le professeur de philosophie Florian Gulli, membre du conseil scientifique de la Fondation Gabriel-Péri